latin : proscenium, du grec proskênion, de skênê, avant-scène

La « blockchain » pour les entrepreneurs de spectacles

blockchain

Pouvoir se passer d’intermédiaire pour vendre leur billetterie en ligne, et couper l’herbe sous les pieds des fraudeurs et des revendeurs du second marché qui ont pignon sur Web (de Viagogo à StubHub), c’est ce qu’une technologie comme la « blockchain », développée pour assurer l’administration de la monnaie virtuelle Bitcoin sur Internet, permet aux producteurs de spectacles d’envisager.

La blockchain permet de faire une transaction directe entre particuliers, en monnaie virtuelle Bitcoin, sans qu’aucun intermédiaire n’intervienne. C’est un « système de confiance » entièrement autonome, sans aucune autorité centrale, qui repose sur un processus de consensus informatique. Plus besoin de banque centrale pour créer de la monnaie. Et plus besoin de “tiers” pour assurer la confiance entre les deux parties d’une transaction – rôle que jouent en général les banques. Ce sont des ordinateurs qui s’en chargent, par consensus distribué, au terme de calculs cryptographiques complexes. La transaction est directe, avec des frais de commission infimes, des délais d’exécution très courts, et une traçabilité totale.

La blockchain est une base de données qui garde un enregistrement de toutes les transactions effectuées en bitcoins depuis la création de cette monnaie virtuelle. C’est elle qui permet aux ordinateurs du réseau Bitcoin d’établir l’état des provisions de chacun. Ces ordinateurs, appelés « mineurs », traitent les transactions par blocs, qui s’enchaînent les uns aux autres après avoir été validés, d’où l’appellation de « blockchain (« chaîne de blocs » en français). Afin que ce livre des comptes horodaté de la célèbre cryptomonnaie ne puisse être compromis par un fraudeur, il est répliqué en autant d’exemplaires sur les milliers de mineurs qui constituent le réseau Bitcoin. Les mineurs, qui doivent déployer une grande puissance de calcul pour vérifier et valider les nouvelles transactions avant de les inscrire dans la blockchain, ne peuvent mettre leur copie à jour que dans le respect de règles extrêmement strictes, et sur la base d’un consensus informatique partagé par plus de la moitié d’entre eux.

La blockchain est publique et distribuée, c’est à dire accessible à tous (sans que les parties d’une transaction ne puissent être identifiées autrement que par leur adresse Bitcoin) et répliquée partout. A l’échelle où sont mis en oeuvre ses algorithmes de chiffrement, le dispositif est parfaitement sûr et inviolable. Un fraudeur devrait déployer une puissance de calcul inimaginable pour parvenir à le compromettre. « Le système est sécurisé tant que des nœuds honnêtes contrôlent ensemble plus de puissance de calcul qu’un groupe de nœuds qui coopéreraient pour réaliser une attaque », explique Satoshi Nakamoto (probablement la signature d’un collectif), dans l’article fondateur de la crypto-monnaie Bitcoin.

Bitcoins « augmentés » et contrats intelligents

Quelque soit la cryptomonnaie administrée par une blockchain – Bitcoin ou l’une de ses nombreuses concurrentes (Peercoin, Blackcoin, Digibyte, Megacoin…) ; ou encore une monnaie virtuelle créée de toute pièce et indépendamment de toute autorité politique ou monétaire -, elle peut servir de support à la gestion des transactions portant sur des biens numériques autres que ses devises, et qui ont leur propre valeur. Il peut s’agir d’actions en bourse, de dollars, de grammes d’or, de certificats de propriété portant sur des biens qui peuvent être aussi bien virtuels que physiques, mais également de chansons, ou de billets de concert.

Ces biens numériques sont appelés « colored coins » (ou « pièces colorées ») dans le jargon de la blockchain. Ils sont administrés comme des « bitcoins augmentés », qui intègrent ou font référence à toutes sortes d’informations et de métadonnées , comme la liste des ayant droit d’une chanson ; ou les données d’un spectacle (lieu, date, heure, programme, prix, etc.). Avec le cloud, et les possibilités de stockage déporté et distribué sur des réseaux peer-to-peer comme BitTorrent, la taille de ces métadonnées est théoriquement illimitée. Les pièces ou jetons colorés créés sur une blockchain permettent en outre d’exécuter automatiquement des mini-contrats intelligents (ou « smart contracts ») dans toutes les transactions qui portent sur eux.

Un smart-contract peut stipuler, par exemple, qu’un billet de concert ne sera délivré sous forme de jeton – en réalité, une série de chiffres qui est le fruit d’un lourd calcul cryptographique, permet de vérifier la validité du billet, et fait office de titre de propriété –  qu’une fois le prix facial acquitté, et la transaction confirmée sur la blockchain. Le billet ne pourra être revendu que sous forme de jeton sur la même blockchain, en application des règles fixés par l’émetteur dans son mini-contrat. Ces règles peuvent par exemple prévoir qu’en cas de revente au delà du prix facial, une partie de la plus-value réalisée par le vendeur sera reversée automatiquement à l’artiste ou au producteur.

Un second marché ouvert mais régulé

« La blockchain permet d’assurer le transfert direct et sécurisé de billets entre particuliers. Ce qui va opposer le peer-to-peer au second marché, et réduire le nombre de squatteurs qui achètent le plus de billets possible à l’ouverture de la billetterie dans le seul but de les revendre plus cher », estime Peter Shiau, PDG et cofondateur de la plateforme distribuée Blockstack.io, une start-up qui offre des services de blockchain aux entreprises. Le coût de la transaction n’est pas renchéri, par ailleurs, par la commission de l’ordre de 20 % que prélèvent StubHub et d’autres acteurs du second marché pour mettre en relation vendeurs et acheteurs.

Alex Mizrahi, directeur opérationnel de Chromaway, un autre pionnier de la « blockchain 2.0″, voit également dans cette technologie un moyen de faire du yield management automatisé, en commercialisant les jetons via un système d’enchères. « Si un spectacle est très populaire, les gains supplémentaires iront à la salle ou à l’artiste plutôt que dans les poches des revendeurs », observe t-il. D’une manière générale, le système des jetons émis sur une blockchain en guise de billets donne plus de contrôle à la salle ou au promoteur sur sa billetterie. Il garantit un certain degré de transparence dans les transactions, permet d’externaliser de nombreuses fonctions sans faire appel à des prestataires tiers (émission et suivi du billet, gestion des paiements, yield management, second marché, identification du porteur, vérification), et d’unifier les règles du jeu pour tous les points de vente.

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